Comment ré-évaluer les RPS dans mon entreprise ?

L’employeur est tenu, au regard de la législation, de veiller à la santé des personnes qu’il emploie. Il doit donc être attentif à une éventuelle dégradation de l’état de santé psychologique des salariés, particulièrement durant cette période de crise sanitaire. Pour cela, il doit penser autant que possible à la prévention des RPS dans son entreprise. 

 


 

Ce que peut faire l'employeur

La situation sanitaire nécessite la prise en compte dans l’entreprise du risque infectieux en adaptant le travail et l’organisation du travail en fonction de plusieurs critères : secteur prioritaire ou non, les typologies des différentes activités (relation public, exposition à un risque de contact…), l’activité et la charge de travail, les arrêts maladies pour garde d’enfant(s) ou pour raison(s) de santé. En fonction de ces critères, l’employeur peut :

  • maintenir l’activité au sein de l’entreprise, par la mise en place des mesures de prévention (gestes barrières et distanciation sociale), la réorganisation de l’activité en fonction de la charge de travail, la réorganisation du travail en prenant en compte les absences de certains salariés ;
  • maintenir l’activité en télétravail pour les métiers qui le permettent ;
  • faire une demande pour placer son entreprise en activité partielle selon le dispositif amélioré mis en place par le gouvernement.

 


 

Mise en œuvre et application des mesures de prévention sanitaire

Dans un premier temps, la prévention des RPS passe par la mise en œuvre et l’application des mesures de prévention sanitaire dans l’entreprise. Il est important d’informer et de former les salariés dans l’application de ces deux mesures de protection que sont les gestes barrières et les mesures de distanciation sociale.

Afin de faciliter l’application des mesures de protection, une réflexion sur l’organisation du travail est également nécessaire :

  • Concernant l’aménagement des postes et des espaces de travail, il convient de limiter le nombre de personnes présentes ainsi que le temps passé dans un même espace, avec par exemple un étalement temporel des activités et/ou une rotation du personnel, un étalement des pauses dans le but d’éviter les regroupements trop importants, une régulation des contacts avec le public extérieur… Il est possible de privilégier les moyens et outils de communication numérique pour les réunions et/ou les formations (visioconférence, conférence téléphonique, messagerie instantanée…), de repenser la disposition des postes de travail et des lieux de regroupement (postes dans des pièces distinctes, de restreindre les voyages et les déplacements professionnels au strict nécessaire.
  • Concernant le nettoyage des locaux, il est utile de faire le point sur la réévaluation des règles de nettoyage des locaux et du matériel de travail. Des règles adaptées devront être identifiées pour les situations de travail particulières, davantage exposées au risque de contagion (relation clientèle, prêt de matériel entre salariés…).
  • Concernant les professionnels qui ne peuvent pas se soustraire aux contacts physiques avec d’autres personnes, l'employeur peut en référer aux préconisations générales et conseils spécifiques aux métiers du Ministère du Travail.

 Plus d'information dans le dossier COVID-19 du SSTRN.

 


 

(Ré)évaluer les facteurs de risques psychosociaux au sein de mon entreprise

Dans un deuxième temps, la prévention des RPS passe par la (ré)évaluation des facteurs de risques psychosociaux au sein de l'entreprise. La situation actuelle conduit en effet à des modifications importantes dans la manière de travailler, de s’organiser, de collaborer, de rendre service aux clients. Ainsi, ces mesures d’adaptation mises en place dans cette situation de crise peuvent avoir des conséquences sur l’activité, les collectifs de travail et les salariés notamment sur le plan de la santé au travail.

Afin de faciliter la réflexion concernant la prévention des RPS et prévenir les conséquences possibles des aménagements sur la santé physique mais également psychique des salariés, plusieurs axes sont importants.

  • Associer tous les acteurs de la prévention de l’entreprise (employeur et représentant du personnel), mais également en externe (médecin du travail), aux changements d’organisation au sein de l’entreprise. Il faut évaluer les risques psychosociaux et agir pour les prévenir (et penser à utiliser dans la mesure du possible les outils numériques de communication).
  • Associer les salariés dans la mise en œuvre des recommandations sanitaires, d’autant plus lorsqu’elles modifient leur organisation du travail.
  • Maintenir le lien avec les salariés en assurant une communication interne fréquente et éviter, par ce biais, un ressentiment d’isolement et/ou la formation de clans.
  • Ré-évaluer les modifications de l’organisation du travail en associant les salariés sur le principe que ce qui a été pensé et réfléchi dans l’urgence peut parfois ne pas être tout à fait adapté ou bien, peut être amélioré.
  • Repérer les signaux individuels de souffrance au travail et orienter les salariés concernés vers les professionnels de santé (lire la page Numéros utiles). Il est important de maintenir le lien régulièrement avec l’ensemble des salariés, ceux qui travaillent sur site et ceux qui sont en télétravail. Si un salarié présente une détresse psychologique, des troubles du comportement, des consommations de produits stupéfiants… il est nécessaire de contacter le médecin du travail qu suit l'entreprise.

De plus, l’évaluation des facteurs de risques psychosociaux dans ce contexte particulier lié au COVID-19 permet d’accompagner l’ensemble des acteurs de l’entreprise dans cette période sensible et d’éviter l’apparition ou l’aggravation de certains facteurs de risques psychosociaux induits par cette crise.

 


 

Les principaux facteurs de risques psychosociaux

Les principaux risques psychosociaux (rapport Gollac, 2011) à évaluer ou réévaluer dans le contexte sont :

  • l’intensité et la complexité du travail, avec les contraintes de rythme de travail, le degré de précision des objectifs, l'adéquation des objectifs et des ressources, les modalités d’organisation de la polyvalence, les interruptions perturbatrices dans le travail, les niveaux d’attention et de vigilance dans le travail, les horaires de travail ;
  • l’autonomie et les marges de manœuvre, comme l'autonomie dans la tâche, l'autonomie temporelle, l'utilisation et le développement des compétences ;
  • les exigences émotionnelles telles que la tension avec le public, la confrontation à la souffrance d’autrui, la maîtrise des émotions ;
  • les relations sociales, notamment le soutien de la part des collègues, le soutien de la part de la hiérarchie et la reconnaissance dans le travail ;
  • les conflits de valeurs telles que la qualité empêchée ou le travail inutile ;
  • l’insécurité de l’emploi, qui passe par l'insécurité socio-économique ou la conduite du changement.

Il est possible d'intégrer les facteurs de risques ainsi que les actions de prévention dans le DU au fur et à mesure des actions identifiées sur les différentes unités de travail.

Il pourra être intéressant le moment venu, à l’issue de la crise et de la période de confinement, d’organiser un bilan en réunissant l’ensemble des acteurs de la prévention. Son but sera de faire un retour d’expérience et d’évaluer ce qui s’est bien déroulé, et ce sur quoi il y a eu plus de difficultés afin de finaliser la mise à jour du DU.

 Plus d'informations sur le détail des principaux risques de RPS dans le document INRS

 Document de la Fédération Française des Psychologues et de Psychologie : Employeurs, salariés, représentants du personnel etc. : comment préserver la santé psychologique des travailleurs en période de crise sanitaire COVID 19 (pags è à 13)